Guimel (ג) : signification, forme et valeur de la troisième lettre hébraïque
La lettre du bienfaiteur qui court vers le pauvre, selon le Talmud et la tradition juive
Comment tracer et prononcer le guimel, pourquoi il vaut 3 et ce que signifie son nom : cette fiche présente la troisième lettre de l'alphabet hébraïque et les enseignements que lui consacrent le Talmud, le Zohar et le Sefer Yetsira.


Le guimel (ג) est la troisième lettre de l'alphabet hébraïque, l'alef-beth (אלף־בית). Il vient après le beth et avant le daleth. Les Sages d'Israël y voient la lettre de la bonté active : celle du bienfaiteur qui va de lui-même au-devant de celui qui a besoin d'aide.
Forme et tracé du guimel
Dans l'écriture carrée, appelée ketav achouri (כתב אשורי), qui sert à écrire le Sefer Torah, les tefillin et les mezouzot, le guimel ressemble à un vav (ו) : un trait vertical surmonté d'une petite tête. À ce trait s'ajoute, en bas, un pied tourné vers la gauche. Comme l'hébreu se lit de droite à gauche, ce pied pointe vers l'avant, c'est-à-dire vers la lettre suivante, le daleth.
Pour tracer la lettre à la main en écriture carrée :
- formez la petite tête en haut ;
- descendez le trait vertical ;
- ajoutez le pied, à partir du bas du trait, vers la gauche.
En écriture cursive, celle de tous les jours, la forme est plus arrondie et plus simple. Pour un rouleau de Torah, des tefillin ou une mezouza, la forme exacte de chaque lettre est fixée par la Halakha. Seul un scribe compétent (sofer, סופר) peut juger si une lettre est conforme.
Dans le Sefer Torah, le scribe orne le guimel de trois petites couronnes, les taguim (תגים). Il fait de même pour les autres lettres du groupe que l'on retient sous le moyen mnémotechnique « chaatnez guets » (שעטנ״ז ג״ץ).
Le guimel n'a pas de forme finale. Seules cinq lettres changent de forme en fin de mot : le kaf, le mem, le noun, le pé et le tsadé (ך ם ן ף ץ).
Prononciation et graphies françaises
Le guimel se prononce comme un g dur, celui de « gâteau » ou de « guitare », jamais comme le g de « gel ». C'est pourquoi on l'écrit souvent Guimel en français : le « u » garde le son dur. On rencontre aussi les graphies Gimel, Ghimel ou Guimmel. En hébreu, le nom de la lettre s'écrit גימל.
Le guimel fait partie des lettres qui peuvent recevoir un point intérieur, le dagech (דגש). Dans la prononciation ancienne, la lettre sans dagech avait un son plus doux, proche d'un « gh » guttural. Aujourd'hui, ashkénazes et séfarades prononcent le guimel « g » dans les deux cas. Certaines communautés, notamment yéménites, ont conservé une distinction.
En hébreu moderne, un guimel suivi d'une petite apostrophe (ג׳) note le son « dj » des mots empruntés à d'autres langues.
Valeur numérique : le guimel vaut 3
Chaque lettre hébraïque a une valeur numérique, utilisée pour compter et pour la guématria (voir la valeur numérique de l'alphabet). Le guimel vaut 3. On écrit ainsi « ג׳ » pour le troisième jour d'un mois du calendrier juif, ou pour le troisième jour de la semaine, yom chlichi (mardi).
Le nom complet de la lettre, גימל, vaut 83 : guimel (3) + youd (10) + mem (40) + lamed (30).
Le chiffre trois tient une grande place dans la tradition. Simon le Juste enseigne dans les Pirké Avot (1, 2) que « le monde repose sur trois choses : la Torah, le service divin (avoda, עבודה) et les actes de bonté (guemilout hassadim, גמילות חסדים) ». Or ce troisième pilier commence justement par la racine du mot guimel.
Le Talmud (Chabbat 88a) relève aussi une série de « trois » autour du don de la Torah. Une Torah en trois parties (Torah, Prophètes, Écrits) a été donnée à un peuple en trois groupes (Cohanim, Lévites, Israélites), par l'intermédiaire de Moïse (Moché), troisième enfant de ses parents, au troisième mois.
Le nom de la lettre : chameau, bienfait et maturité
Le nom guimel s'apparente à deux mots hébreux construits sur la même racine ג־מ־ל :
- gamal (גמל), le chameau, l'animal qui porte de lourdes charges sur de longues distances ;
- gomel (גומל), « celui qui accorde un bienfait », d'où l'expression guemilout hassadim, les actes de bonté désintéressés.
La même racine signifie aussi « sevrer » et « mûrir ». La Torah raconte qu'Isaac (Yitshak) « grandit et fut sevré » (vayigamal, Béréchit 21, 8). Le bâton d'Aaron, lui, fit « mûrir des amandes » (vayigmol chekédim, Bamidbar 17, 23). Le vrai bienfait aide ainsi l'autre à grandir et à se tenir debout.
Ce n'est pas un hasard si la Torah fait d'un geste envers des chameaux le signe de la bonté de Rébecca (Rivka). Quand Éliézer cherche une épouse pour Isaac, elle lui offre à boire et propose aussitôt d'abreuver aussi tous ses chameaux (Béréchit 24). Voir l'article sur Rébecca.
Ce qu'enseigne la tradition sur le guimel
Le Talmud : le guimel court après le daleth
Le passage le plus célèbre se trouve dans le traité Chabbat (104a). Des enfants y expliquent l'ordre des lettres. En substance :
Aleph beth : « apprends la sagesse » (alef bina). Guimel daleth : « fais du bien aux pauvres » (guemol dalim). Pourquoi le pied du guimel est-il tendu vers le daleth ? Parce que la manière du bienfaiteur est de courir après les pauvres. Pourquoi le pied du daleth est-il tendu vers le guimel ? Pour que le pauvre se rende accessible à lui. Et pourquoi le visage du daleth est-il détourné du guimel ? Pour qu'on lui donne en secret, afin qu'il n'ait pas honte.
Le pied du guimel n'est donc pas un simple ornement. Il montre une générosité qui n'attend pas qu'on vienne la solliciter. Le daleth, dont le nom évoque le pauvre (dal, דל), se tient prêt à recevoir. Le don discret est une valeur que l'on retrouve chez le Rambam : parmi les degrés de la tsedaka, il place très haut le don où le donateur et le bénéficiaire ne se connaissent pas.
Guemilout hassadim et tsedaka
Le Talmud (Soucca 49b) enseigne que les actes de bonté dépassent la tsedaka, le don d'argent, de trois façons. Ils se font avec son corps comme avec son argent. Ils s'adressent aux riches comme aux pauvres. Ils concernent les vivants comme les morts. Le guimel évoque donc toute forme de bonté, et pas seulement l'aumône.
Le Zohar : guimel et daleth inséparables
Dans son introduction, le Zohar rapporte que les lettres se présentèrent l'une après l'autre devant le Créateur, chacune demandant que le monde soit créé par elle. Selon ce passage, le guimel et le daleth vinrent ensemble. Il leur fut répondu de rester unis, car le pauvre ne disparaîtra jamais de la terre et aura toujours besoin de celui qui lui fait du bien.
Le Sefer Yetsira et les Otiot de Rabbi Akiva
Le Sefer Yetsira (ספר יצירה), le « Livre de la Formation », classe le guimel parmi les sept « lettres doubles » : beth, guimel, daleth, kaf, pé, rech et tav. Elles sont appelées ainsi parce qu'elles ont deux prononciations, avec ou sans dagech. Le livre associe à chacune une paire d'opposés ; dans la version la plus répandue, celle du guimel est la richesse et la pauvreté. Le bienfait circule entre ces deux pôles. Pour l'histoire de l'alphabet dans la tradition, voir Au commencement… D.ieu créa l'alphabet.
Les Otiot de Rabbi Akiva, midrash consacré aux lettres, rattachent eux aussi le guimel à la guemilout hassadim. Le Maharal de Prague, commentant les trois piliers des Pirké Avot, explique que la Torah perfectionne l'homme lui-même, que le service divin le relie à D.ieu et que la bonté le relie à son prochain. Le guimel, troisième lettre, porte ce troisième lien.
Questions fréquentes
Faut-il écrire Guimel ou Gimel ?
Les deux graphies désignent la même lettre, ג. En français, « Guimel » est souvent préféré, car le « u » garantit la prononciation dure du g, comme dans « guitare ». « Gimel » vient de la transcription anglaise. On trouve aussi « Ghimel ».
Le guimel a-t-il une forme finale ?
Non. Le guimel s'écrit de la même façon au début, au milieu et à la fin d'un mot. Seules cinq lettres ont une forme finale : le kaf, le mem, le noun, le pé et le tsadé.
Pourquoi le guimel est-il associé à la générosité ?
Son nom partage la racine de gomel, « accorder un bienfait ». Le Talmud (Chabbat 104a) lit aussi la suite guimel-daleth comme « guemol dalim », « fais du bien aux pauvres ». Il explique enfin que le pied du guimel, tendu vers le daleth, montre le bienfaiteur qui court au-devant du pauvre.
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